Le service des monuments historiques a protégé, depuis sa création, par classement ou inscription, près de 44 236 immeubles dont environ 800 en béton ou comportant un élément architectural en béton. Ce patrimoine récent représente un siècle et demi de construction, depuis le milieu du XIXesiècle jusqu’à la protection de l’édifice le plus récent, à l’aube du XXIesiècle.

Si les premiers ciments datent de l’époque romaine, le matériau tel qu’on le connaît aujourd’hui a été développé au cours du XIXesiècle, les armatures n’étant finalement apparues qu’au XXesiècle. Ce dernier est marqué par l’emploi quasi-systématique du béton essentiellement dans sa seconde moitié, et par un rythme de construction accru, si bien que l’homme a édifié en l’espace d’un siècle autant de bâtiments que durant toute son histoire passée. Quelques années seulement après la généralisation de son usage, le béton est admis dans la restauration des édifices les plus précieux du patrimoine, comme en témoigne la charpente de l’architecte Deneux à la cathédrale de Reims, mais fait aussi partie intégrante de ce dernier.

Les performances de ce nouveau matériau armé d’acier, peu coûteux et, de plus, universellement répandu, ont conduit à des développements industriels (production de ciment, brevets sur les systèmes d’armatures…), mais aussi à une créativité architecturale qui justifie aujourd’hui la reconnaissance de ces productions comme patrimoine culturel. Les premiers édifices en béton à être reconnus et protégés, en France, pour leurs qualités architecturales, le sont à partir de la fin des années 1950 et le début des années 1960. Ce patrimoine nécessite des connaissances particulières pour son identification et l’évaluation de son état de conservation, mais aussi des soins spécifiques pour en assurer la restauration, les ciments anciens de cette période étant différents des ciments actuels. Plusieurs mécanismes d’altération peuvent les affecter et notamment la corrosion de leurs armatures.

Aussi, en 2013, lorsque le ministère de la Culture et de la Communication français, au travers de son Programme National de Recherche sur la Connaissance et la Conservation des matériaux du patrimoine culturel (PNRCC), s’est associé à l’Initiative européenne de programmation conjointe de la recherche « Patrimoine culturel et changement global : un nouveau défi pour l’Europe » (JPI – JHEP), pour financer à l’échelle européenne des projets de recherche dédiés au patrimoine culturel, le projet REDMONEST a-t-il été l’un des lauréats de cette initiative.

Il s’agissait de développer un nouvel outil de gestion du patrimoine en béton armé, en se fondant sur une évaluation de l’état d’altération et des conditions environnementales et sociétales associées, pour définir des stratégies d’entretien ou de conservation adaptées. Cet outil était destiné à s’intégrer dans une démarche globale de monitorage, associée à un développement de systèmes d’analyse de données et de modèles prévisionnels de durée de vie. L’attention se portait sur les processus de corrosion de ces bétons anciens exposés à un vieillissement naturel incluant la carbonatation, la corrosion induite par les chlorures ou l’impact du climat, mais aussi sur de nouvelles pistes de traitement de conservation comme les hydrofuges de surface.

Le projet s’articulait autour de quatre objectifs :

1) Établir un inventaire du patrimoine culturel en béton, dans les pays partenaires du projet.
2) Identifier les principaux mécanismes de dégradation affectant ces monuments et établir des indicateurs de performance permettant d’optimiser la gestion de leur entretien/conservation.
3) Développer des capteurs d’alerte à introduire dans le béton de façon à pouvoir assurer un monitorage en continu.
4) Combiner les résultats de ces capteurs d’alerte avec un système d’exploitation (EWS : early warning systems), afin de développer un outil de gestion adapté à la conservation de ce patrimoine en béton armé.

En amont des opérations d’analyse du matériau, a donc été réalisé un recensement du bâti en béton protégé à titre patrimonial dans les pays européens partenaires, ainsi que de ses altérations spécifiques. Cet échantillon de la construction en béton, représenté par les monuments historiques ou monuments nationaux (les appellations varient selon les différentes législations) a ainsi servi de support, car ces édifices, déjà recensés dans des bases de données patrimoniales, sont les mieux documentés, et font l’objet d’un diagnostic sanitaire régulier par les professionnels du patrimoine. L’enquête, composée de deux formulaires, a touché différents acteurs (ABF, ACMH, CRMH…). Un premier formulaire «édifice » était destiné à compléter, préciser la liste des monuments historiques en béton, et à rassembler les données sanitaires, essentielles au projet. Un second formulaire « gestion » avait pour but de recueillir des informations sur les besoins en formation et en information de ces acteurs en matière de gestion de ce patrimoine. C’est le premier de ces axes qui est présenté aujourd’hui sous la forme d’une base de données accessible à un public large et que l’on peut considérer comme participative, dans la mesure où il est possible de l’enrichir et de proposer des compléments. Les résultats de l’enquête et du travail préliminaire de recensement ont été mis en commun et exploités sous forme de graphiques à l’échelle des régions puis à l’échelle nationale, afin de dégager avec précision la répartition des monuments historiques en béton et les pathologies récurrentes.

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